Une conception "hyper-réaliste" de l'Eucharistie
Deux incarnations de l'âme créée du Christ, dans la chair et le pain
Une nouvelle manière de communier : la communion "sensuelle"
L'inversion de la formule de la transsubstanciation
La remise en cause de tous les Conciles traitant de l'Eucharistie, depuis 1215
Une conception sensualiste de l'Eucharistie
Le blasphème eucharistique
La où le blasphème sur l'Eucharistie rejoint le blasphème sur la Trinité
Les deux façons de communier ou le retour du Catharisme
Une doctrine qui oublie l'essentiel : les fruits de la communion eucharistique
Pour traiter de la doctrine de l'abbé de Nantes sur l'Eucharistie, nous avons à notre disposition de très nombreux documents écrits (1) et oraux (2). Nous ferons ici principalement référence aux conférences enregistrées d'une retraite prêchée sur l'Eucharistie en 1994 à sa communauté, et aux commentaires (3) de l'ex-"frère" Hilaire de Crémiers (4), ancien membre de la communauté.
Une conception hérétique de la transsubtantiation 
Selon la définition du concile de Trente (1551), "par la consécration du pain et du vin s'opère le changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang ; ce changement, l'Eglise catholique l'a justement et exactement appelé transsubstantiation" (5). Le Christ est ainsi "présent vraiment réellement et substantiellement sous l'apparence de ces réalités sensibles" (6).
Le débat avec l'abbé de Nantes concerne ces réalités sensibles, appelés aussi les "espèces" du pain et du vin, après la consécration.
Pour saisir un peu mieux l'enjeu théologique, il faut partir à nouveau de quelques rappels très simples de métaphysique. Là où l'homme parle de "choses", le métaphysicien parle de "substance". Là où l'homme parle d'"aspects", le métaphysicien parle d'"accidents". Il y a déjà là, enfoui, tout le mystère de l'être. L'être est "substance". Ce qui nous oblige à le nommer ainsi, c'est que sur lui s'appuient tous les aspects captés par les sens, c'est à dire "les accidents". A travers ce que les choses offrent à voir, leur partie visible, "les accidents", nous sommes invités à découvrir la meilleure part de l'être, leur partie invisible, leur "substance".
Si nous reprenons maintenant la définition du Concile de Trente que nous venons d'énoncer, nous voyons bien que le changement est un changement de la substance du pain et du vin, mais que les réalités sensibles, les aspects sensibles, les "accidents" du pain et du vin demeurent inchangés.
L'abbé de Nantes affirme lui qu'après la consécration, le pain et le vin sont entièrement changés en Corps et Sang du Christ, au sens où le changement selon lui porte non seulement sur les substances, mais aussi sur les accidents. "Ces êtres, le pain et le vin, - dit-il (7) - seront les êtres divins de la Chair et du Sang du Christ. [.] C'est par l'acte divin de la messe que le Christ Dieu et homme identifie l'être du pain à sa Chair et l'être du vin à son Sang". Puis il développe le fond de sa pensée : "Le tanin, par exemple, est-il changé en Corps (en Sang) du Christ ? ou non ? Eux, [entendez les thomistes !] disent non : c'est de l'apparence" (8). Et de rire de ces thomistes "qui vont faire des atomes et des molécules, des apparences [.] Si la réponse, c'est non, alors la communion n'est pas réelle [.] Tout ça - dit-il - est consacré [.] Le Christ adopte le gluten, le tanin [.] Le Christ en se saisissant de l'être du pain et du vin se revêt de tout le composé, des apparences du pain et du vin [.] jusqu'à l'atome de fer qui n'existe plus lui-même, mais qui est Corps du Christ vivant par son âme humaine [.] C'est tout l'être, sel, alcool, sucre, levain, etc. qui est absorbé par le Corps du Christ sous l'emprise de son âme, se faisant de ce pain une extension réelle, matérielle, historique, de son incarnation" (9).
Ainsi ce ne sont donc plus les aspects sensibles du pain et du vin que nous voyons après la consécration, mais les aspects sensibles du Corps et du Sang du Christ. C'est à proprement parler une hérésie.
Une théologie clairement condamnée par l'Eglise 
La doctrine de John Wyclif et Jean Huss, condamnée par le concile de Constance
Cette hérésie n'est malheureusement pas nouvelle. Déjà en 1415, le Concile de Constance condamna les écrits de John Wyclif
(10), comme ceux de Jean Huss
(11) qui défendaient cette théorie.
John Wyclif écrivait que la doctrine "des accidents sans sujet", c'était "l'abomination de la désolation dans le Lieu Saint", "l'idolâtrie inévitable", "l'adoration d'un signe", (on aura reconnu des expressions proches de celles employées par l'abbé de Nantes), "l'hérésie des moines et des papes d'Avignon" (pour l'abbé de Nantes, c'est l'hérésie eucharistique de l'Eglise depuis huit siècles !). On adore "l'amas des sacro-saints accidents", autrement dit le pain ! Ainsi raisonnaient Wyclif et Jean Huss ; ainsi raisonne l'abbé de Nantes quand il se moque tout à la fois de ces "accidents" que l'on entrepose dans le tabernacle !
John Wyclif fut donc condamné par le Concile de Constance pour avoir écrit cette phrase qui résume bien sa pensée : "Les accidents du pain ne subsistent pas sans sujet dans le même sacrement" (12). L'abbé de Nantes ne dit pas autre chose.
Ce même Concile de Constance reprit cette condamnation en l'élargissant à tous les Wyclifites et tous les Hussites en déclarant : "Est hérétique celui qui croit qu'après la consécration faite par le prêtre, il n'y a plus dans le sacrement de l'autel, sous le voile du pain et du vin, du pain et du vin matériels, mais en tout le même Christ qui a souffert sur la croix et qui siège à la droite du Père" (13).
Luther condamné par le Concile de Trente
Luther mettait le Christ dans le pain, laissant subsister deux natures. L'abbé de Nantes attribue la nature "pain" au Christ comme un autre mode d'être corporel. Il y a là une étrange similitude dans la dialectique.
En 1551, le Concile de Trente condamna clairement cette théorie protestante : "Celui qui nie ce changement admirable et unique de toute la substance du pain en son corps et de toute la substance du vin en son sang, tandis que demeurent les apparences du pain et du vin, changement que l'Eglise catholique appelle de manière très appropriée "transsubstantiation" (14), qu'il soit anathème" (15).
La période contemporaine
Plus récemment encore, cette théorie de l'appropriation des accidents du pain et du vin par le Corps du Christ ou par l'âme du Christ qui en ferait son Corps et son Sang, fût défendue par certains disciples de Descartes, comme le père Caly. Ce fût également le système du Palermitain Balli et plus récemment celui du père Leray (16).
L'Eucharistie, une nouvelle Incarnation, l'impanation 
Le Christ dit "je suis tanin" (17), explique l'abbé de Nantes. C'est une nouvelle "manière d'être" du Christ, une de ses apparences, tout comme sa "manière d'être" homme dans l'Incarnation.
"En effet - poursuit-il (18) - la Personne divine du Verbe a revêtu, elle a assumé la nature humaine comme un manteau [docétisme] [.] Le même homme peut être selon les apparences du pain [autre manteau] [.] Jésus est panifié, Jésus est vinifié, c'est une panification, une vinification, etc" (19). Luther avait inventé une sorte de demi-impanation ; l'abbé de Nantes en invente une totale.
"Le Corps supprime le pain, - explique-t-il - il se substitue de telle sorte que les apparences du pain sont les apparences du Corps. Ce Corps alors parle à nos sens ; les apparences sont réelles. Le Corps est touché, est regardé, est savouré, il agit en nous comme pain et vin" (20). Pour l'abbé de Nantes, l'Eucharistie est une nouvelle forme d'Incarnation du Verbe. Ainsi Dieu se fait homme d'abord, et pain ensuite.
L'Eglise, elle, voit dans l'Eucharistie la suite de l'Incarnation, mais c'est, pour elle, la même Incarnation, le même Corps du Christ. Ce ne peut pas être une "nouvelle manière d'être". Les apparences du pain et du vin demeurent. Il n'y a pas de nouvelle Incarnation (21).
La séparation du sens du Pain consacré et du Vin consacré 
Puis l'abbé de Nantes franchit une nouvelle étape. Il sépare le sens réel de la consécration du pain de celui de la consécration du vin. La première devient, selon lui, l'équivalent de l'Incarnation ; la seconde devenant l'équivalent de la Rédemption, du sacrifice. Sachant qu'en séparant ainsi les espèces consacrées, en leur donnant des interprétations différentes, il s'écarte de l'enseignement de l'Eglise. Mais il déclare comme pour justifier ses sources : "Marie elle-même me l'a inspiré" (22).
Deux incarnations de l'âme créée du Christ, dans la chair et le pain
Laissons l'abbé de Nantes poursuivre sa démonstration (23) : "A l'Incarnation correspond la transsubstantiation [.] A Marie, l'Eglise". Ainsi se forme "la matière de sa Chair".
A l'offertoire, "la Vierge Marie fournit la Chair et le Sang [.] De la même façon, l'Eglise fournit le pain et le vin". Telles sont "les offrandes [.] Ainsi la Vierge donne son lait, l'Eglise donne les espèces, les accidents".
Vient ensuite la consécration où "le lait, c'est comme la consécration [.] Le Christ, Verbe de Dieu, s'approprie l'ovule, la chair, le sang de la Vierge ; il saisit le lait. [.] Le Lait qui devient le Corps et le Sang, est comme les oblats qui deviennent le Corps et le Sang [.] Car de la même façon, le Christ, Verbe de Dieu, s'empare du pain et du vin, les changeant en son Corps et en son Sang."
Arrive alors la question de l'âme du Christ présente dans l'hostie. Pour l'abbé de Nantes, l'âme du Christ est éternelle, créée de toute éternité comme celle de la Vierge. Selon lui, lors de l'Incarnation, "Son âme créée par Dieu a saisi ce corps" (24) (elle lui est donc antérieure), de même "elle saisit ce pain et ce vin". Telle est sa démonstration. L'abbé de Nantes sait que cette doctrine est condamnée explicitement par l'Eglise, notamment par la voix du Concile de Constantinople en 543, qui déclare : "Si quelqu'un dit ou tient que l'âme du Seigneur a d'abord existé et qu'elle a été unie au Dieu Verbe avant de s'incarner et de naître de la Vierge, qu'il soit anathème" (25).
Mais cela n'arrête pas l'abbé de Nantes qui, parlant de "l'homme", songe aussi au "pain" qu'il doit éliminer, au moins nominalement, pour ne pas être accusé de faire de l'impanation. Donc, pour éliminer la nature "pain", au moins de nom, le voilà obligé dans sa comparaison d'éliminer la nature "homme". Ainsi, selon lui, de même que l'âme du Christ identifiée au Verbe éternel a revêtu "les apparences d'homme" comme un manteau, "elle revêt parallèlement et pareillement les apparences pain" comme un autre manteau (26).
En résumé, l'abbé de Nantes fait de l'Incarnation et de la transsubstantiation, deux incarnations parallèles. Cette doctrine est évidemment condamnée par l'Eglise (27).
Une nouvelle manière de communier : la communion "sensuelle" 
Et l'abbé de Nantes poursuit son enseignement (28). Alors que l'union mystique véritable au Corps et au Sang du Christ élève la créature par la grâce de son Sauveur à une unité surnaturelle qui la conforme aux perfections divines, spirituelles, du Verbe-fait-chair, l'abbé de Nantes osant par une témérité sans nom se servir de la Chair et du Sang sacrés de Jésus-Christ, conçoit une union de portée charnelle, non pas dans un sens noble, mais de manière tout à fait sensuelle, qui aboutit et finit dans la chair. C'est ce qu'il appelle et fait appeler, hélas, par des personnes innocentes, "son sensualisme eucharistique", sa conception "sensuelle" de l'Eucharistie (29) ou encore la "mystique érotique" (30).
Les Pères de l'Eglise parlent de cette union merveilleuse, réelle dans la Foi et donc d'un réalisme sublime, qui est une union sacramentelle transformante qui s'opère dans et par les vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité. Ainsi peuvent et doivent se comprendre les images patristiques, tout comme le baiser de Jésus à l'âme de la petite Thérèse , la communion eucharistique étant le mariage spirituel que le Créateur et Sauveur veut bien accorder à sa créature rachetée.
Mais pour l'abbé de Nantes, cette union se fait par nos cinq sens, non pas de façon spirituelle - cela se concevrait - mais bel et bien de façon matérielle, c'est à dire par nos sens charnels, nos "moyens de communications" (31). Ainsi Jésus "s'approche de nous, [.] de ses femmes", pour être "paroles, regards, bouche". Jésus matériellement, sensuellement, "se fait voir" et "se donne à baiser". Ce sont ses propres termes. Tel est le réalisme sensuel de la manducation. "C'est une rencontre dans la chair [.] Oui, le corps est la matière du Sacrement" (32).
L'inversion de la formule de la transsubstantiation 
Avec ce qui précède, nous comprenons maintenant le "pourquoi" de sa théorie de la transsubstantiation-incarnation. "Le Christ se donne dans un corps à corps".
Et l'abbé de Nantes déclare : " Jésus fait de son corps ce pain, Jésus fait de son sang ce vin" (33) : c'est la parfaite inversion de la formule dogmatique de la transsubstantiation qui dit : "changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang" (34).
Puis il s'enfonce dans un matérialisme qui loin d'être un réalisme, devient complètement hérétique : Jésus se fait pain et vin pour une "transsignification active, une transfinalisation. [.] Jésus est assimilé par notre corps [.] Jésus s'est assimilé la portion d'être pain [.] comme la carotte devient moi, [.] comme quand je mange, je m'assimile la nourriture. [.] Ainsi, je m'assimile le Corps du Christ". C'est ce que l'abbé de Nantes appelle "l'Incarnation continuée" (35).
Tout ceci est complètement à l'inverse de l'enseignement de Saint Augustin qui, faisant parler Notre Seigneur, dit d'une manière admirable : "Dans ce sacrement, ce n'est pas vous qui m'assimilez à vous ; c'est moi qui vous assimile à moi !". Tous les Pères, tous les docteurs, tous les grands mystiques ont repris des formules semblables. Saint Thomas d'Aquin en a fait un article de sa somme théologique (36). Le sacrement de l'Eucharistie assimile la créature au Créateur, le racheté au Rédempteur, l'inférieur au Supérieur, et non pas l'inverse comme le prétend l'abbé de Nantes.
La remise en cause de tous les Conciles traitant de l'Eucharistie, depuis 1215 
L'abbé de Nantes pour rassurer son auditoire, répète régulièrement : "je crois ce que l'Eglise croit [.] Je professe simplement une nouvelle doctrine !" (37). Mais au fond de lui-même, il sait qu'il est en pleine contradiction avec l'enseignement de l'Eglise. Alors il doit se justifier. "Le Corps du Christ produit les apparences du pain" reprend-il, "pour être vu et savouré, pour être en nous" comme "un époux avec son épouse [.] il est vu, touché, mâché, [.] il est prisonnier en nos ventres. [.] Notre chair se nourrit de sa chair, notre sang se nourrit de son sang". Ainsi selon l'abbé de Nantes, les éléments du pain et du vin que nous assimilons, sont les éléments même du Corps et du Sang du Christ ; notre corps se les approprie, nous les digérons.
Alors critiquant les théologiens catholiques qui n'ont selon lui, rien compris, il précise : "ils évacuent le Christ de nos yeux, de nos mains, de nos ventres". Il dénonce ainsi "l'erreur de Saint Thomas", celle qui distingue "les accidents" (les espèces) de la substance, "erreur qui a entraîné les multiples erreurs" (38) !
Evidemment, il se garde bien de dire que cette distinction "espèce - substance" qu'il ne veut pas admettre, se trouve dans tous les Conciles qui ont traité de l'Eucharistie depuis le Concile de Latran (39) en 1215 jusqu'au Concile de Trente (40) en 1551. Cette distinction se trouve également dans tous les exposés pontificaux sur la foi catholique jusqu'au "Credo de Paul VI" ; elle demeure une vérité infaillible de la Foi catholique. En niant cette vérité, l'abbé de Nantes renie sa Foi.
Une conception sensualiste de l'Eucharistie
Nous ne sommes pas arrivé au bout de la pensée du fondateur de la secte. L'abbé de Nantes poursuit : "c'est un corps à corps" (41), c'est "la deuxième vague de l'incarnation" où le Seigneur se livre, cette fois-ci "au corps à corps". Cette idée obsessionnelle, véritable déformation sensuelle de la véritable mystique des épousailles spirituelles au Corps et au Sang du Christ, l'abbé de Nantes va l'expliciter.
"Le monde périt dans la luxure par l'abandon de l'Eucharistie" (42) commence-t-il par dire. Comme c'est malheureusement vrai, les auditeurs sont bien en condition pour accepter la suite. L'abbé de Nantes les amène alors très habilement à une étrange et abominable autre forme de luxure dans la communion eucharistique. Utilisant en repoussoir ce qu'il appelle "la conception traditionnelle des théologiens", englobant adroitement les erreurs et réductions des modernistes avec les expressions les plus exactes de la Tradition, il affirme : "avec eux, la communion n'a rien de concret". Avec la communion eucharistique traditionnelle, "nous bricolons des substances et des accidents" (43). Ainsi, selon l'abbé de Nantes, depuis huit siècles, toute la théologie eucharistique de l'Eglise bricole des substances et des accidents !
Et l'abbé de Nantes explique ensuite que seul son "réalisme" eucharistique permet une satisfaction "aux humains désirs", que seul "son personnalisme eucharistique" va permettre au communiant de "tomber dans les bras d'une personne" (44). Car selon lui, "l'union n'est pas seulement morale", ce qui est vrai puisque le Christ est présent dans son Corps et dans son Sang ; mais il s'empresse ensuite d'opposer terme à terme "physique" et "morale".
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Il peut donc avancer en disant : " l'union est physique" (45). Et le terme ici n'est pas pris dans son sens philosophique, mais bien matériel, charnel, sensuel. " Physique, dit-il, physique !" ; c'est " le corps à corps [.] le sang mêlé à notre sang", c'est " une fusion, [.] une rencontre. [.] Dans le mystère de la Communion, nous sommes unis |
physiquement". Et quelle est cette communion physique ? "C'est la description d'une sorte d'ouvre, - poursuit-il - d'ouvre corporelle, de communication intime de deux êtres, organe contre organe [!], action pour action, compréhension. [.] Et Jésus, nous apprend par sa conduite envers nous, celle que nous devons tenir envers les autres" (46).
Cette "matérialisation", cette "sensualisation" de l'Eucharistie est tout à fait étrangère à notre enseignement catholique qui a toujours soutenu que l'effet de ce sacrement était une grâce spécifique destinée à fortifier notre vie spirituelle. Comme le dit le Concile de Florence : "L'effet que ce sacrement produit dans l'âme de celui qui le reçoit dignement, est l'union de l'homme au Christ. Et parce que la grâce incorpore l'homme au Christ et l'unit aux membres du Christ, il s'ensuit que ce sacrement fait s'accroître la grâce en ceux qui le reçoivent dignement. Tous les effets que la nourriture et la boisson matérielles produisent sur la vie du corps : soutien, accroissement, restauration et joie, ce sacrement les opère pour la vie spirituelle" (47).
Et pour être encore plus précis, nous pouvons citer ici le Pape Innocent III (1202) : "Il faut cependant distinguer soigneusement trois choses qui sont différentes dans le sacrement de l'Eucharistie, à savoir la forme visible, la vérité du corps et la vertu spirituelle. La forme est celle du pain et du vin, la vérité celle de la chair et du sang, la vertu celle de l'unité et de la charité. Le premier est "sacrement et non réalité", le deuxième est "sacrement et réalité", le troisième est "réalité et non sacrement" " (48).
Le blasphème eucharistique 
Ainsi de même que l'abbé de Nantes a posé un couple éternel en Dieu qui se donne un baiser éternel, modèle des couples mystiques et physiques, de même il façonne un couple eucharistique modèle, le même qui se donne le "baiser eucharistique". De même qu'il a parlé "du désir humain de manger", le voici qui parle de "cet attrait invincible, de cette invention des cours amoureux pour la pure joie de ce contact intime" (49). Et il s'exclame : "Voilà pourquoi je veux toucher ce que j'aime !". Donc l'Eucharistie autorise tous les touchers. Et le Père spirituel qui est, lui aussi, comme une "eucharistie de Dieu", peut toucher. On y arrive !
Et il continue : "notre existentialisme", c'est "toucher pour s'unir" (50) ; et comme décidément il veut être concret, il précise "s'unir en acte", subtile progression dans la perversité. "On est bien quand on est là en se touchant" poursuit-il en passant au "on" impersonnel ! Se cachant un instant derrière l'image de la maman et de son bébé, il revient ensuite sur son obsession : "Pourquoi cela ? Quand on s'unit à quelqu'un par la présence, on est à l'affût de ses moindres mouvements, de ses moindres gestes, de ses moindres gémissements, de ses moindres sourires et de ses regards et c'est toujours différent et le logiciel intérieur de cette personne, pour parler en termes savants, est absolument infini, c'est-à-dire que les plis et les replis d'une âme sont tellement nombreux." Puis subrepticement, l'abbé passe du "on" impersonnel au "je", révélant ainsi selon Hilaire de Crémiers (51), tout son orgueil, sa soif de domination et de jouissance égoïste : " En m'attachant à cette personne, en vivant avec elle, en l'embrassant et en la tenant embrassée, les moindres nuances de son affectivité se traduiront, les moindres nuances de son esprit et je serai toujours content de connaître davantage cette personne et cela jusqu'à la fin du monde, voilà pourquoi les uns avec les autres, on ne s'ennuiera pas au Paradis !" (52). Et c'est un prêtre qui parle !
Ainsi progressivement l'abbé de Nantes a pris la place de Dieu. L'Eucharistie ne devient-elle pas alors une manière d'être de lui-même, incarnation de l'Eternel masculin, sorte de "dieu panthéiste existentiel", qui sous sa forme masculine, se révèle à ses épouses (53), incarnations de l'Eternel féminin ? Nous sommes en plein blasphème contre l'Eucharistie, contre Dieu lui-même. Se faisant en quelque sorte l'égal de Dieu, il commet ce grave blasphème que dénonce Saint Jean (54).
La où le blasphème sur l'Eucharistie rejoint le blasphème sur la Trinité 
L'abbé de Nantes déclare alors : "C'est véritablement dans la création de l'homme et de la femme qu'Il [le Père] nous donne une image et une allégorie de la Sainte Trinité dont Il est Lui, la première Personne ; et là, l'allégorie ne peut substituer à Dieu aucune image, rien du tout. Il est le Père. Et puis il y a le Fils et puis il y a l'Epouse du Fils, 1, 2, 3" (55). Et il continue : "C'est comme ça que, dès la création, nous avons posé la grande allégorie de la Sainte Trinité ! Et la grande allégorie de l'Eucharistie, c'est le mariage. Amour, amour, amour !". Et plus loin : "la communion, c'est ce geste merveilleux. Qu'il me baise des baisers de sa bouche et le baiser n'est que le commencement de la parade nuptiale qui doit mener à l'union totale de l'être.". Et se servant de Ruysbroeck, il ose dire : "Les gestes les plus hardis deviennent, à ce moment là, les manières d'exprimer ce que dans l'esprit la fusion peut produire de sentiments, d'appétits et de louanges. [.] Le mariage spirituel" devient ainsi et aussi "un hymen corporel et spirituel bien terrestre, bien temporel [.] C'est l'intime pénétration qui produit la richesse de l'union spirituelle ! la fécondité, etc" (56). Tout cela est à la fois équivoque et bien concret. Le mariage spirituel doit devenir une union "bien terrestre, bien temporelle". Tous les éléments sont rassemblés maintenant pour n'importe quelles pratiques et déviances. Car c'est bien là où il veut en venir.
Ici nous sortons de l'aspect purement théologique, pour entrer dans le domaine de la mise en pratique de cette "nouvelle" doctrine eucharistique qui va permettre à l'abbé de Nantes de justifier tous ses "passages à l'acte" ; nous voici donc arrivés à " ces comportements moraux inadmissibles de la part d'un prêtre" qui ont été dénoncés publiquement par la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans son communiqué du 24 mars 1998, à l'encontre de l'abbé de Nantes.
Les deux façons de communier ou le retour du Catharisme 
Après avoir développé largement toutes ses théories gnostiques, l'abbé de Nantes, à la fin de sa retraite, n'a plus qu'à refermer sa communauté sur elle même, sur lui-même, avec sa "théorie des deux sortes de communions" (57).
L'abbé de Nantes distingue tout d'abord "la communion honnête", celle des gens qui ne savent pas, les catholiques non initiés ; cette communion opère "ex opere operato".
Puis, il y a "la communion plus intime, [.] celle qui saisit l'âme" (entendez : celle qui saisit l'âme à la manière dont lui veut qu'elle soit saisie !). "Eh bien - ajoute-t-il - la vraie Eglise est composée de ces âmes ! Elle est formée d'elles seules ! ". Ce sont "les parfaits", "les élus". C'est du catharisme.
Le catharisme, hérésie du XIIème siècle, avait développé deux castes de fidèles : les croyants et les parfaits, les "bons chrétiens". De la même manière, l'abbé de Nantes distingue lui aussi les "catholiques qui ne savent pas" et les "parfaits", les "élus", comprenez : ceux qui sont initiés à sa doctrine. Nous sommes en plein système sectaire. Car ceux qui se laissent séduire par ce genre d'élitisme ont ensuite une difficulté extrême à s'en dégager. Ces bons catholiques qui sont "enfermés" dans ce mouvement, ne raisonnent plus en catholiques selon le dogme, mais ils se laissent persuader, entraîner, absorber complètement par ce système qui se veut total, qui les captive et les englue dans ce faux miel mystique distillé par son leader, ou ses acolytes.
Une doctrine qui oublie l'essentiel : les fruits de la communion eucharistique 
A vant de conclure cette partie, nous pouvons nous étonner que l'abbé de Nantes n'ait durant toute cette retraite sur l'Eucharistie de 1994, absolument pas parlé des fruits de la communion eucharistique dans l'âme.
Et pourtant l'Eglise enseigne que non seulement la communion eucharistique accroît notre union au Christ (58), mais qu'elle nous sépare du péché en fortifiant notre charité (59). Cette charité vivifiée efface en nous les péchés véniels (60), et nous préserve des péchés mortels futurs (61). Nous unissant plus étroitement au Christ, l'Eucharistie fait également l'Eglise ; elle construit l'unité du Corps mystique (62). L'Eucharistie engage également envers les pauvres (63), et à prier pour l'unité des chrétiens (64). Mais l'abbé de Nantes ne dit pas un mot de tout cela !

(1) G. de NANTES, Mémoires et Récits , t.II, ch.32: "La Transsubstantiation", Imprimerie Saint Joseph, Saint Parres-lès-Vaudes, 343-352. ou encore les Lettres mensuelles n.116 (Avril 1977) 4-13.; et n.120 (Août 1977) 9-15. 
(2) Cassettes audio et vidéo. 
(3) Cf. H. de CRÉMIERS, "Etude critique de la retraite de 1994 de l'abbé de Nantes sur l'Eucharistie", Paris 1995. 
(4) Hilaire de Crémiers a vécu vingt et un ans comme religieux dans la communauté fondée par l'abbé de Nantes. Ayant constaté les graves dérives doctrinales, et surtout découvert les pratiques scandaleuses de cet abbé, il se fait chasser de la communauté en 1992. 
(5) Concile de Trente, ch.4, 1551, DH 1642. 
(6) Id. ch.1, 1551, DH 1636. 
(7) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(8) Id. 3. 
(9) Id. 4. 
(10) Cf. Concile de Constance, 8ème session, 4 mai 1415, DH 1151-1195. 
(11) Id. 15 e session, 6 juillet 1415, DH 1201-1230. 
(12) Id. 8 e session, 4 mai 1415, DH 1152. 
(13) Concile de Constance, Bulle "Inter cunctas", 22 février 1418, DH 1256. 
(14) Cf. Concile de Trente, 13 e session, ch.4, 11 octobre 1551, DH 1642. 
(15) Id. canon 2, DH 1652. 
(16) Cf. H. de CRÉMIERS, "Etude critique de la retraite de 1994 de l'abbé de Nantes sur l'Eucharistie", Paris 1995, 18. 
(17) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(18) Ibid. 
(19) Ibid. 
(20) Ibid. 
(21) Cf. Concile de Trente, 13 e session, canon 2, 11 octobre 1551, DH 1652. 
(22) G. de NANTES,"Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(23) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(24) Ibid. 
(25) Concile de Constantinople, Anathématismes contre Origène , 543, DH 404-405. 
(26) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(27) Cf. Concile de Trente, 13 e session, canon 2, 11 octobre 1551, DH 1652. 
(28) Cf. G. de NANTES,"Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, St-Parres-les-Vaudes 1994. 
(29) Ibid. 
(30) G. de NANTES, "Contre Réforme Catholique", Lettre mensuelle n.120 (mai 1978) 10. 
(31) Ibid. 
(32) Ibid. 
(33) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(34) Concile de Trente, 13ème session, ch.4, 11 octobre 1551, DH 1642. 
(35) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(36) Cf. THOMAS d'AQUIN, Somme théologique , IIIa, q.75. 
(37) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(38) Ibid. 
(39) Cf. Concile de Latran IV, ch.1, Novembre 1215, DH 802. 
(40) Cf. Concile de Trente, 13 e session, ch.4, 11 octobre 1551, DH 1636 et 1642. 
(41) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(42) Ibid. 
(43) Ibid. 
(44) Ibid. 
(45) Id. 15. 
(46) Ibid. 
(47) Concile de Florence, Bulle "Exsultate Deo", décret pour les arméniens, 22 novembre 1439, DH 1322. 
(48) INNOCENT III, Cum Marthae circa, Lettre à l'archevêque Jean de Lyon, 29 novembre 1202, DH 783. 
(49) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(50) Ibid. 
(51) Cf. H. de CREMIERS, "Etude critique de la retraite de 1994 de l'abbé de Nantes sur l'Eucharistie", Paris 1995, 16. 
(52) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(53) Ses "épouses" sont choisies parmi ses religieuses, ou parmi les femmes laïques qui adhèrent pleinement à sa doctrine, et qui ont été progressivement "initiées" au cours de ses entretiens de "direction spirituelle". 
(54) Cf. Jn 10, 33. 
(55) G. de NANTES, "Mysterium Fidei, le saint sacrifice de la messe", 15 cassettes série 124, Saint-Parres-les-Vaudes 1994. 
(56) Ibid. 
(57) Ibid. 
(58) Cf. Catéchisme de l'Eglise Catholique, n.1391, Mame/Plon, Paris 1992. 
(59) Id. n.1393. 
(60) Id. n.1394. 
(61) Id. n.1395. 
(62) Id. n.1396. 
(63) Id. n.1397. 
(64) Id. n.1398. 